Ils traquent le mauvais goût

Dans la France sarkozyste, la répression est partout. Depuis un an et demi, des hommes et des femmes sont recrutés par le ministère de l'Intérieur pour démasquer le mauvais goût niché au fin fond de vos foyers. Rencontre avec un professionnel.
Chargé du secteur sud-est en France, Jean-Thierry Valognon, 27 ans, est plus particulièrement spécialisé dans la traque du mauvais goût dans le domaine de l'immobilier. Son lot quotidien, c'est dresser des procès-verbaux pour des statues de jardin trop voyantes ou des paillassons colorés. "Une fois, j'ai été obligé d'appeler du renfort, car un couple de retraités avait installé des statues des 3T au milieu d'un parterre de fleurs. Les personnes âgées ne voulaient pas céder, mais il a fallu embarquer les objets sources de trouble par la force".
Jean-Thierry, qui pratique ce métier dans le privé depuis 15 ans, a rejoint le ministère par certitude altruiste, et parle au nom de ses 1.230 collègues répartis sur le territoire national : "Même si nous sommes mal perçus, notre activité est d'intérêt national. Aujourd'hui, on ne peut plus se permettre de laisser divaguer des inconscients avec des nuques longues jouant au Rubik's cube dans leur 205 GTI...".
Début avril, Jean-Thierry doit participer à un congrès à Bourg-en-Bresse (Ain) afin de préparer la campagne d'intervention d'envergure nationale prévue en mai et juin prochains. "On nous a fixé des objectifs très relevés cette année : intercepter 400 nains de jardin et mettre hors d'état de nuire 878 joueurs de Tamagotchi". Il se murmure en coulisses que le ministre de l'Intérieur aimerait que ces objectifs soient largement dépassés.
Malgré le salaire confortable, Jean-Thierry Valognon voit pointer le bout de sa carrière. "Combattre le mauvais goût à longueur de journée, forcément ça rend un peu intolérant. Je crois que j'aurais du mal à me désintoxiquer de mon métier", déclare-t-il, l'œil vissé sur un père de famille portant un sac-banane.
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