Extension du domaine de la lose

Publié le par Athokem



Le syndrome de Berry-Bouy, ou "Syndrome de la lose", touche un Français sur 1.000. Les personnes affectées souffrent de maladresse chronique, de manque-de-bol pathétique ou d'excès de ridicule. Témoignages de deux "losers"…

Jean-Bertrand Delabreunie finit par en rire, mais ce ne doit pas être évident tous les jours d'être dans une logique de lose. "Ma première expérience traumatisante de lose est survenue quand j'avais 7 ans : ma mère m'obligeait à porter une cagoule et des bretelles. J'étais rejeté par les garçons qui me trouvaient trop chétif, et repoussé aussi par les filles qui se moquaient de mon look approximatif". En grandissant, la lose ne l'a pas quitté, au contraire. "Je voulais faire comme tout le monde, sortir en boîte, m'éclater, mais j'avais toujours un look de retard sur les autres : cravate indienne, t-shirt Waïkiki™, croque-lacets…".

Et puis est arrivé Internet, et le loser de Saint-Polert-les-Marais a pu trouver une communauté de surfers avec qui partager sa douloureuse expérience. "J'ai découvert que je n'étais pas seul, qu'il y avait un tas de mecs et de nanas comme moi. J'ai notamment sympathisé avec Didier, un jeune de 26 ans au chômage qui a été recalé 6 fois à ses examens parce que les copies avaient été égarées".

Didier vit pratiquement reclus, par peur de la lose à chaque coin de rue. "Quand je prends un ascenseur, il se bloque. Quand je vais à un guichet de l'administration, j'attends trois heures et il ferme lorsque c'est mon tour. Au mariage de mon parrain, j'ai tout filmé mais j'avais oublié de mettre une cassette…". La liste est longue, trop longue, pour ce jeune garçon pas gâté par la vie.

"Moi j'assume complètement mon statut de loser, en fait, je n'ai pas le choix, ma vie se résume à la lose. Je fais cependant partie d'un club de dominos pour me changer les idées", reprend Jean-Bertrand. "Et je sais aussi qu'il y a un nombre incalculable de gens qui se reposent sur les losers, estimant que c'est toujours agréable de savoir qu'il y a pire que soi".

Mais il y a aussi des losers qui s'ignorent, comme ce chef d'entreprise sûr de lui qui brasse du vent et rejette l'échec de sa boîte sur ses pauvres salariés ou ce footballeur de troisième division qui fait semblant de signer des autographes à la sortie de l'entraînement et gare son AX bleue à 5km du stade. La lose frappe à chaque coin de rue. Méfiez-vous.
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Publié dans Société

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