Une collection salvatrice

On a frôlé le drame le mois dernier dans la résidence Bellevue de Grignoules-sur-Plain (Maine-et-Loire). Mais c'était sans compter sur le hasard et le courage qui, Dieu merci, sont encore de rigueur quelque fois à notre époque. Ainsi, le fait divers se déroule un jeudi soir, alors que la ville s'éteint peu à peu et que chacun se blottit sous la couette. Norbert Blandou, employé la Poste, consulte dans son fauteuil le dernier numéro de "Sucres magazine", la revue consacrée à sa passion de toujours : la glycophilie.
En effet, c'est en 1994 que Norbert démarre une collection d'emballages de sucre. Collection qui devient vite gigantesque au fur et à mesure des repas pris à la cantine par le receveur des postes. Célibataire, il emménage quelques temps plus tard dans un F3 cossu, "histoire d'avoir une pièce entièrement dédiée à ma collection". Il installe vitrines et éclairages sophistiqués pour mettre en valeur ces trésors.
Mais tandis que ce soir-là, Norbert s'assoupit dans son fauteuil, un vilain court-circuit vient déclencher un incendie dans la pièce sacrée. Les papiers peints fleuris et l'épaisse moquette sont totalement en feu quand Norbert déboule, tiré précipitamment de son sommeil par l'odeur de brûlé.
Alerté par la fumée qui s'échappe au-dehors, son voisin du dessus, Félix Boutit n'écoute que son courage et descend au secours de Norbert. Coïncidence magique, il se trouve que Félix collectionne les… extincteurs ! "J'en ai 144. Mais je n'ai pas hésité longtemps avant de sacrifier l'une de mes pièces pour sauver la peau de Norbert".
"Heureusement que mon voisin est arrivé. En pulvérisant plusieurs litres d'eau j'ai totalement caramélisé le sol, si bien que j'étais coincé parmi les flammes, collé par terre comme une mouche". En l'espace de 5 minutes, Félix vide tout le contenu de son extincteur, venant vite à bout du feu. "Et dire que ma femme m'a quitté à cause de ma collection. Elle me reprochait d'avoir vendu notre voiture pour m'acheter de nouvelles pièces rares".
Il y a quelques années, un collectionneur de grains de maïs avait eu moins de chance. Il était mort étouffé par des pop-corns dans l'incendie de sa maison.
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