La transhumance de lespoir

La boucherie : hantise de tout bovin non suicidaire. Salers, limousines, gasconnes, bazadaises, parthenaises, etc. : les vaches de ces espèces ont le même destin funèbre. Elevées principalement pour leur viande, c’est l’abattoir qui les attend quand leur éleveur les juge prêtes. Et le libre arbitre de l’animal dans tout ça ?
Un vent de révolte souffle sur les prés français. De partout, des meuglements vigoureux s’élèvent pour faire entendre le droit des vaches à choisir leur destin. Les avis divergent au sein des rangs des bêtes à cornes et tout le monde ne prône pas la liberté. Certains bovins considèrent que la captivité, même si c’est pour finir à la boucherie, comporte bon nombre de privilèges qui sont pour eux devenus indispensables. Le camp adverse défend quant à lui le libre arbitre des vaches, leur droit de choisir comment finir leurs vies.
Avec le temps, la révolte s’essouffle et le camp des conservateurs prend vite le dessus, soudoyé en avoine par des éleveurs soucieux de voir s’envoler leur cheptel. Mais de son coté, le noyau dur des bovins avides de liberté rumine un plan d’évasion jamais vu jusqu’alors…
Et un matin, ce qui devait arriver arriva : les éleveurs français constatèrent que quelques têtes de leur bétail avaient disparu pendant la nuit. Volées ? Enlevées par des extra-terrestres ?
Non. N’écoutant que leur courage, ces vaches ont décidé quitter leurs anciennes vies pour s’en offrir de meilleures. Après avoir rampées sous les barbelés de leurs champs, elles marchèrent en direction de la frontière, tentant parfois de faire du stop au passage des bétaillères. Tels les hébreux sortant d’Egypte, la route fut longue et le doute présent à chaque pas. Elles franchirent le Rhin à pattes sèches, celui-ci étant à sec par endroit en cette saison. Certaines pensèrent à renoncer, se souvenant des verts pâturages et des caresses franches et vigoureuses de leur éleveur. Mais leur foi pris le dessus et porta chacun de leur pas vers cet idéal plus proche à chaque seconde.
Et c’est après avoir parcouru des milliers de kilomètres que la terre promise leur apparu enfin : l’Inde. Dans ce pays, la vache est un animal sacré, représentant la vie qu'il ne faut détruire ni par le sacrifice ni par l'abattage. Endroit parfait donc pour des bovins français fuyant les abattoirs. Depuis, ces dernières flânent sur la plage en compagnie de touristes et de leurs semblables locales. La belle vie !